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Sujet : Doit-on concevoir des limites à l'expérimentation sur le vivant ?

Extrait du corrigé : I - Dans quelles conditions se pose la question ? a) L'expérimentation n'est pas l'observation ou du phénomène naturel ou des résultats codés en laboratoire, cernés par un système de référence. Elle est vérification d'une hypothèse c'est-à-dire à la fois étape pour comprendre et risque pour appliquer.L'objet en est l'homme. Vivant, à naître, près de mourir, il est touché dans son corps, modifié dans sa vie psychologique, atteint dans sa descendance. La gravité des conséquences est liée à la conscience, personnelle du vécu de l'opération. Et pourtant, quel médicament par exemple, serait mis sur le marché sans avoir fait l'expérimentation en aveugle et double aveugle, c'est-à-dire sur une population censée ne pas connaître à qui est destiné la molécule testée. Ce qui fonctionne sur l'animal n'est jamais parfaitement identique aux effets sur l'homme. b) Les limites sont triples. On peut envisager le cas de démesure c'est-à-dire où le pouvoir de la science dépasse le projet humain.

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Définitions

  • limite : 1. Ce qui sépare deux portions d'espace ; par anal., ce qui borne une étendue, un temps, une fonction. 2. Extension extrême d'une étendue, d'une faculté, sans que pour autant on ait à concevoir quelque chose qui lui serve de borne ; en ce sens, KANT oppose limite à borne.
  • expérimentation : Observation provoquée, afin de soumettre une théorie à l'épreuve des faits.
  • vivant : L'être vivant est un organisme. Il n'est pas constitué d'une juxtaposition de parties ajoutées les unes aux autres. Ces parties forment un tout car elles sont interdépendantes (le fonctionnement d'une partie est tributaire de celui des autres) et paraissent toutes participer à une fin commune : le maintien de l'être vivant en vie. Parce qu'il est un organisme, l'être vivant est un organisme. Tout être vivant est un individu au sens où il forme une unité distincte, ne ressemblant exactement à aucune autre, qui ne peut être divisée sans être détruite. Leibniz au XVII ième avait énoncé l'existence d'un principe, nommé principe des indiscernables, selon lequel il n'y a pas deux êtres identiques dans la nature. Qu'est-ce qui différencie les organismes vivants des choses naturelles ou objets fabriqués ? Jacques Monod, généticien, prix Nobel de médecine en 1965, retient dans Le hasard et la nécessité trois critères qui doivent être présents simultanément dans un être pour que celui-ci puisse être qualifié de vivant. Le premier est la téléonomie (du grec télos : fin et nomos : loi). L'être vivant est toujours un être qui, pris dans son ensemble ou chacune de ses parties, répond à une fonction, donc apparemment à une fin. Du point de vue de l'ensemble, l'être vivant semble "fait pour" se perpétuer. Se perpétuer lui-même, du moins le temps nécessaire à la reproduction, et perpétuer son espèce. Du point de vue de chacune des parties, ces dernières semblent "faites pour" accomplir telle ou telle fonction. L'oeil est "fait pour" voir, la langue du fourmilier "pour" attraper les fourmis ... comme si une fin à réaliser était à l'origine de chaque organe, comme si la fonction créait l'organe. Le second critère retenu par Monod est la morphogenèse autonome (du grec morphé : forme et genesis développement). L'être vivant est en relation constante avec un milieu extérieur ; néanmoins, le processus de formation et de développement d'un être vivant est indépendant du milieu extérieur. Même si, pour son entretien et sa croissance, un organisme vivant a besoin d'assimiler des substances étrangères (nourriture, oxygène, gaz carbonique, etc.), même si, sans ce type de relations la vie ne pourrait ni exister, ni se développer, toujours est-il que sa forme et sa croissance sont régies par une programmation interne qui n'est pas le résultat des forces extérieures qui s'exercent sur l'être vivant. Par exemple, un poisson rouge ne peut survivre sans eau et daphnies, mais aucune force physique ne peut transformer ce dernier en éléphant. Les manifestations principales de cette morphogenèse autonome sont l'auto-formation, l'autorégulation et l'auto-réparation. Cette dernière, bien qu'elle ne concerne pas tous les organes, s'étend cependant à un nombre infini d'agressions et de blessures. C'est ainsi que l'écorce du pin entaillé se refait, que la pince du crabe repousse et que les blessures se cicatrisent. Le troisième critère est l'invariance reproductive. Les êtres vivants se reproduisent. En outre, cette reproduction est marquée par l'invariance, soit complète en cas de reproduction par sissiparité (division des cellules), soit partielle en cas de reproduction sexuée. Il existe alors des différences individuelles (à l'exception des jumeaux univitellins) mais les caractéristiques de l'espèces sont conservées. Il ne faut pas confondre la variabilité des individus et l'invariance propre à l'espèce. Ces trois critères, présents en un même être, nous permettent-ils de distinguer assurément le vivant de l'inerte ? Après tout les machines sont également des objets téléonomiques, les machines peuvent s'autoréguler et les ordinateurs, en raison de la programmation, ont une certaine autonomie. Il est moins aisé qu'il ne le paraît au premier abord de dégager des critères permettant de différencier un être vivant d'une machine complexe toutefois, la machine ne se reproduit pas, ne croit pas et connaît une autonomie très limitée.

Problématique

  • Pour démarrer.

 
 Un intitulé qui renvoie, en filigrane, aux relations et liens entre la biologie et l'éthique, l'usage systématique de l'expérience posant, ici, des problèmes particuliers, dévoilant une dimension éthique. Les limites sont, en effet, morales.
 

  • Conseils pratiques.

 
 Analysez minutieusement les termes expérimentation (interrogation méthodique des phénomènes pour vérifier une hypothèse) et vivant (tout système organisé, s'autoréparant et se reproduisant). Vous remarquerez que le sujet ne porte pas seulement sur l'homme. Si le problème des limites - des bornes, des barrières - à l'expérimentation surgit dans toute son acuité avec la personne humaine, néanmoins, il apparaît ici plus général.

Textes / Ouvrages de référence

  • Pierre THUILLIER, Les biologistes vont-ils prendre le pouvoir ?, éd. Complexe.
  • Jean BERNARD, De la biologie à l'éthique.
  • Buchet-Chastel. GUY DURAND, La bioéthique, Cerf.

Citations

« La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort. » Bichat, Recherches physiologiques sur la vie et la mort, 1800.

« La vie est l'ensemble des fonctions capables d'utiliser la mort. » Henri Atlan, Entre le cristal et la fumée, 1979.

« La faculté d'un être d'agir selon ses représentations s'appelle la vie. » Kant, Doctrine du droit, 1797.

« La vie apparaît comme un courant qui va d'un germe à un germe par l'intermédiaire d'un organisme développé. » Bergson, L'Évolution créatrice, 1907.
Ce courant, c'est précisément l'élan vital, qui se transmet d'individu à individu, de génération à génération, d'espèce à espèce en s'intensifiant toujours davantage et en créant perpétuellement de nouvelles formes, plus complexes que les précédentes.

« Je suppose que le corps n'est autre chose qu'une statue ou machine de terre [...]. Dieu met au-dedans toutes les pièces qui sont requises pour faire qu'elle marche, qu'elle mange, qu'elle respire... » Descartes, Traité de l'homme, 1662 (posth.)

« Chaque corps organique d'un vivant est une espèce de machine divine, ou d'automate naturel, qui surpasse infiniment tous les automates artificiels. » Leibniz, La Monadologie, 1721 (posth.)

« Lorsque les hirondelles viennent au printemps, elles agissent en cela comme des horloges. » Descartes, Lettre au Marquis de Newcastle, 1646.

« Mettez une machine de chien et une machine de chienne l'une auprès de l'autre, et il en pourra résulter une troisième petite machine, au lieu que deux montres seront auprès l'une de l'autre, toute leur vie, sans jamais faire une troisième montre. » Fontenelle, Lettres galantes, 1742.

« La pensée du vivant doit tenir du vivant l'idée du vivant. » Canguilhem, La Connaissance de la vie, 1952.

« La vie est [...] la liberté s'insérant dans la nécessité et la tournant à son profit. » Bergson, L'Énergie spirituelle, 1919.
La vie, pour Bergson, tranche radicalement sur la matière. Le monde matériel obéit à des lois immuables et nécessaires. Dans ce monde régi par le déterminisme le plus strict, le vivant introduit l'indétermination et la spontanéité ; d'une façon toujours imprévisible, il « se nourrit» en effet de la matière pour la transformer à son profit.

« Dieu et la Nature ne font rien en vain. » Aristote, Du ciel, ive s. av. J.-C.

« La biologie moderne a l'ambition d'interpréter les propriétés de l'organisme par la structure des molécules qui le constituent. » François Jacob, La Logique du vivant, 1970.

« Toutes les propriétés de la matière vivante sont, au fond, ou des propriétés connues et déterminées, et alors nous les appelons propriétés physico-chimiques, ou des propriétés inconnues et indéterminées, et alors nous les nommons propriétés vitales. » Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, 1865.
L'élan vital n'est invoqué, selon Claude Bernard, que pour expliquer les phénomènes obscurs et inexplicables, dont la physique et la chimie sont incapables de rendre compte : « quand nous qualifions un phénomène de vital, cela équivaut à dire que c'est un phénomène dont nous ignorons la cause prochaine ou les conditions ».

« On voit dans les plantes mêmes les choses utiles se produire en vue de la fin, par exemple les feuilles en vue d'abriter le fruit. » Aristote, Physique, Ive s. av. J.-C.
Le finalisme postule que la nature ne fait en rien en vain, que tout ce qu'elle produit existe en vue d'une fin. Ainsi, tous les organes de la plante s'expliquent par le fait qu'ils visent chacun un but précis, qui participe à la survie ou à la reproduction de la plante. Si la forme des feuilles est adaptée à la protection du fruit, c'est bien que cette protection constitue la « cause finale » (ou la fin) des feuilles.

« Aucun organe de notre corps [...] n'a été créé pour notre usage; mais c'est l'organe qui crée l'usage. » Lucrèce, De la Nature, nef s. av. J.-C.



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